Réseaunance

Réseaunance n°3

Le 29/09/2016

Le trottoir d’à côté, web radio social

 

Le trottoir d'à côtéAvec son accent du sud, Eric Santamaria aborde avec passion l’aventure débutée en 2011 autour de la web radio : Le trottoir d’à côté. Comme ils la présentent sur leur site : « De chroniques en émissions, la radio est un espace de liberté et de paroles pour tous ceux, professionnels, étudiants, penseurs, personnes accompagnées ou curieux en tout genre, qui souhaitent écouter la complexité et les expériences qui chaque jour font le travail social. Promenez-vous, podcastez, cliquez, proposez-nous des émissions pour que, ensemble, nous construisions notre réalité de demain. »

 

> Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter ?

Eric Santamaria

Je m’appelle Eric Santamaria. J’ai été travailleur social pendant 12 ans. Je suis « monté » à Paris pour faire mes études de sociologie et j’ai rencontré quelqu’un qui m’a fait entrer dans un Institut Médico-Educatif. J’ai continué mes études et je me suis passionné pour le métier d’éducateur spécialisé avec des enfants en situation de handicap. Finalement, j’ai passé une thèse sur le passage à l’âge adulte des personnes en situation de handicap. Après ma thèse, je suis encore resté deux ans à l’IME de Villejuif. Puis, en 2008, je suis devenu formateur à l’Ecole Supérieure de Travail Social (ETSUP), à Paris. Maintenant, je suis responsable du pôle des formations de l’intervention sociale et éducative dans cette même école. Au niveau de la radio, je suis membre de l’équipe dirigeante et animateur des émissions Le trottoir d’à côté et Appel en cours.

 

> Pourriez-vous nous présenter l’histoire de la radio Le trottoir d’à côté ?

L’ETSUP a pour politique de valoriser les écrits de ses professionnels. Ma thèse ayant été publiée, j’ai fait trois conférences à l’école sur cette question du passage à l’âge adulte des personnes en situation de handicap. Lors d’une conférence Julien Khayat, du site 7.8.9 radio sociale, est venu me proposer de faire des chroniques écrites pour le site. Arrivant à l’ETSUP, je n’avais pas envie de produire encore des écrits. Il m’a alors proposé de faire des émissions de radio.  J’avais fait de la radio un peu plus jeune et je me suis dit : une émission sur le travail social, pourquoi pas ? Je suis allé voir des amis, Dominique Desplechin et Hervé Laud pour faire l’interview avec moi et Julien Pernot et Christophe Roqueplan qui avaient des compétences pour réaliser des enregistrements. Tous les cinq, en 2011, nous avons donc commencé à faire une émission d’interview mise en ligne sur le site 7.8.9 radio sociale tous les mois ½. Puis, un jour, le site a rencontré un problème technique et n’a pas réussi à mettre en ligne plusieurs émissions à la suite. L’ETSUP nous a proposé de mettre nos enregistrements sur son site. C’est à ce moment là que nous allons lancé l’idée de créer une web radio. Nous avons sollicité des gens, comme par exemple Jacques Trémintin de Lien Social, des étudiants de l’ETSUP, etc. On s’est retrouvé ainsi avec quatre émissions mises en ligne sur le site internet de l’école. Puis l’équipe s’est agrandie peu-à-peu. Un peu plus tard, un ami informaticien nous a proposés de nous créer notre propre site. La web radio était lancée, autonome.

Notre site a été lancé à la rentrée 2013. Les émissions de la radio sont organisées autour de quatre grandes thématiques. La première, intitulée Débats et réflexions, accueillent des émissions d’interviews avec des professionnels, des personnes accompagnées, des universitaires, des essayistes ou des politiciens, une revue de presse, des chroniques, des billets d’humeur qui essaient d’éclairer les enjeux qui traversent la travail social mais aussi la société dans sa globalité. Dans la deuxième thématique, Formations et savoirs, vous pouvez retrouver des enregistrements sur l’économie, sur les grands concepts du travail social, sur les politiques sociales avec par exemple l’émission La politique sociale dans tous ses états ou un feuilleton sur l’histoire de la  prévention spécialisée. Tout cela est pensé comme des mini cours de cinq à vingt minutes. Nous développons aussi, au travers de l’émission Les mots d’à côté, la mise en ligne de colloques ou de journées d’étude. Cette page a beaucoup de succès. La troisième thématique, Culture, est constituée d’émissions sur des livres, comme celle intitulée Les lectures de Jacques Tréminitin, mais aussi le cinéma, les films documentaires. Enfin, la rubrique Du côté des institutions, se veut un écho de ce qui se passe dans les institutions à partir de productions des personnes accompagnées. C’est par exemple dans cet onglet que vous pouvez retrouver le journal des jeunes de l’IMPro de Villejuif qui lisent leurs articles.

En fait, toutes ces émissions sont faites pour et le plus souvent par les acteurs concernés par le travail social.

 

Le trottoir d'à côté> Quel était l’objectif de la radio ?

Au départ, la radio ne souhaitait pas coller à l’actualité. Nous voulions qu’elle soit un lieu de prise de distance, qu’elle nous permette de faire un pas de côté.  Aujourd’hui, nous en sommes venus à suivre davantage  l’actualité avec par exemple une émission comme Appel en cours durant laquelle nous faisons un interview court et par téléphone d’un acteur marquant du moment. En cette rentrée, nous serons bien sûr attentifs, par  exemple, à la réforme des diplômes qui arrive. Mais la radio a toujours souhaité être un lieu d’échanges, de débats, de réflexions. Le travail social traverse une période d’une grande complexité et doit toujours batailler pour légitimer son action. La situation de la prévention spécialisée aujourd’hui en est un exemple. Nous devons élaborer, construire des positionnements pour les défendre, continuer à construire des savoirs mais aussi les diffuser, les promouvoir. Il faut pouvoir entendre toutes les opinions, évoquer toutes les pistes pour pouvoir se faire une opinion. Si le Trottoir d’à côté peut jouer un rôle, au côté d’autres, pour réaliser ces objectifs, nous serions comblés. Aussi, tout le monde est le bienvenu et nous sommes ouvert à toute sorte de projets.

 

> Quelle est la composition de l’équipe de la radio ?Le Trottoir d'à côté

Au début, nous avons créé une association composée des cinq membres fondateurs présents pour la première émission. Aujourd’hui, l’équipe qui gère le fonctionnement de la radio est composée d’une dizaine de personnes : les cinq membres de départ, un webmaster, une personne pour les mises en ligne, une réalisatrice qui est venue s’ajouter aux deux du départ, deux journalistes professionnelles qui nous briefent pour la rédaction des texte, les annonces des émissions, les visuels des émissions et une photographe. A côté, nous avons une dizaine de personnes qui se consacrent uniquement à leur émission. La plupart d’entre eux n’avait jamais fait de radio avant de nous rejoindre. Nous les aidons à construire leur projet et nous leur assurons le montage du son, la mise en ligne et une présentation sur notre page Facebook. Ce sont des fidèles, depuis le départ de la radio seules deux émissions se sont arrêtées. L’équipe va s’agrandir en cette rentrée avec une émission sur l’enfance et une autre sur l’Europe. Nous avançons, à notre rythme, grâce à tous ceux qui nous rejoignent.

 

> De quelle manière travaillez-vous ?

Chacun travaille à son rythme, suivant ses possibilités. Les émissions Pensées nomades, Tout terrain ou le Trottoir d’à côté, l’émission sont enregistrées en public. Pour cette dernière, nous enregistrons à l’ETSUP ou dans des lieux en lien avec le sujet traité. Le public est composé d’une trentaine de personnes qui peuvent poser des questions à la fin.  Pour les autres émissions, les chroniqueurs s’enregistrent chez eux et nous transmettent leur son pour que nous le préparions. Le numérique offre des possibilités infinies. Des institutions nous envoient des enregistrements d’actions menées en leur sein, des organisateurs de colloques les interventions des conférenciers. Tout est possible et je suis chargé à la radio de centraliser tout cela. Nous nous adaptons aux réalités de chacun pour que chacun puisse être présent sur le site. Notre objectif est que cet outil soit un endroit de vie et de lien entre tous les travailleurs sociaux.  Nous faisons bien entendu attention à ce que les émissions soient de qualité. Mais après, quand un jeune de l’IME de Villejuif lit l’article qu’il a écrit dans le journal de son institution, il bégaie, son élocution peut être difficile, mais c’est un lieu qui lui appartient à lui aussi.

En fait, nous nous sommes lancés et nous avons appris petit à petit. Par exemple, nous recevons dans Le Trottoir d’à côté, l’émission des professionnels mais aussi des personnes comme Serge Paugam, Serge Tisseron, Simone Sausse, l’économiste El Mouhoub Mouhoud ou des politiques telle la députée Brigitte Bourguignon suite à son rapport. Se confronter à tous ces gens rodés aux grands médias nous permet d’apprendre beaucoup, de voir que ce que l’on fait tient la route et intéresse.

 

Le Trottoir d'à côté> Concrètement, comment écouter la radio ?

Tous les sons sont retravaillés par nos trois réalisateurs, Nathalie Aubry, Julien Pernot et Christophe Roqueplan. Ils les nettoient, s’occupent du générique et des virgulent musicales. Une fois ce travail fait, les émissions sont  misent sur le site. Chaque émission a sa page et  les sons peuvent être écouter depuis la page d’accueil (pour les nouveautés de la semaine) ou depuis la page de l’émission mais aussi être téléchargés, podcastés pour s’adapter à des modalités d’écoute différentes suivant les auditeurs.

 

> Votre audience ?

Etendre notre audience est le défi principal de cette année. Nous devons nous faire connaître davantage. Mais disons qu’entre les visites du site, les podcats ou les vues sur notre page Facebook, nous avons les bons mois jusqu’à 20000 visiteurs.

On se fait connaître petit-à-petit par des rencontres ou par des articles dans la presse, mais aussi par notre travail et notre présence dans des colloques ou des journées d’études.

 

> Avez-vous des retours des étudiants sur les outils que vous proposez ?

Oui, étant dans la formation, je suis sollicité par exemple par des étudiants qui souhaitent faire des émissions, comme Flore Neubauer, étudiante à l’IRTS Montrouge . Elle nous a proposé une belle émission, Passeport pour l’ailleurs, durant laquelle elle revient sur ses voyages à l’autre bout du monde. Nous avons aussi accompagné des étudiants dans la réalisation d’émissions. Cela bouge aussi du côté des formateurs qui utilisent également des sons dans leur cours ou conseillent l’écoute de certaines émissions à leurs étudiants. Mais il nous reste encore du travail pour nous faire connaître dans les centres de formations. Nous avons aussi des retours sur notre page Facebook par rapport à certaines émissions mises en ligne.

 

> Personnellement, par rapport à votre pratique professionnelle dans un établissement de formation, que vous apporte la radio ?

La formation est pratiquement un métier impossible car vous avez toujours plus de travail que ce que vous pouvez faire ! Le grand danger est de s’enfermer dans l’urgence et de ne plus s’ouvrir vers l’extérieur. Vous êtes dans votre institution et vous avez votre vision du travail social alors que celui-ci évolue à une vitesse infernale. Aussi, cette radio m’oblige à suivre l’actualité toutes les semaines via la presse spécialisée, à lire certains ouvrages, car l’auteur est invité dans une prochaine émission, à découvrir tel champ du travail social que je ne connaissais pas. Grâce à la radio, je rencontre des personnes que je n’aurais jamais rencontrées autrement. Tout cela est d’une grande richesse.

Par ailleurs, j’écoute pratiquement toutes les chroniques, car je dois faire le texte de présentation pour le site, donc j’entends ce que disent les invités, les chroniqueurs, leurs préoccupations, envies, difficultés. J’ai l’impression de m’ouvrir sur le monde.

 

Le Trottoir d'à côté> Vos objectifs pour le futur…

Nous avons abordé un tournant avec ce nouveau site lancé en janvier 2016. Le premier site avait été réalisé avec des bouts de logiciels différents. Pour le nouveau site, notre objectif était d’avoir un outil qui est fait pour la radio : écoute en direct, téléchargement, podcasts, newsletter, chats. Tout est là pour qu’il soit un lieu d’échanges et de rencontres.

Nous devons travailler pour élargir notre audience, car je pense que les gens que nous recevons, comme nos chroniqueurs, ont des choses à dire. Nous souhaiterions que les personnes qui nous écoutent s’autorisent également à devenir des acteurs de la radio. Nous travaillons de futur partenariat avec des revues, des associations ou des centres de formations. L’année qui s’ouvre est riche de projets. Nous réfléchissons aussi à notre modèle économique. Nous sommes tous bénévoles, mais l’objectif est de se structurer pour que certaines d’entre nous soient salariés de la radio. Mais, j’en suis certain, nous allons continuer à prendre du plaisir, à rencontrer tous les acteurs du travail social ou tous ceux qui pensent la société car tous ces échanges sont passionnants. Les enregistrements du Trottoir d’à côté, l’émission se terminent toujours par la phrase : « ça fait du bien de se parler ». C’est vrai, surtout dans la période que nous traversons. 

 

- septembre 2016 -